On les croit cauchemardesques à première vue mais les couleurs vives leur insufflent une vie qui les fait paraître grotesques à la manière flamande de Brueughel. Non, les êtres peints par Valérie Gavaud n'effrayent pas: ils intriguent, placés entre une vie de carnaval et une mort qui tiendrait encore à la vie ou vice et versa;  ils existent entre deux mondes ou plutôt entre deux états, ici-bas et au delà, en deça de l'Achéron et outre le Styx; ou sans doute dans ce no mans' land, ce no land, cet espace intermédiaire entre le vécu charnel et une autre existence...

D'où l'étrangeté que suscitent chez le spectateur ces peintures de l'artiste, une sorte de malaise teinté d'humour cynique qui se devrait conclure en rire burlesque à la Ensor. Car les personnages de V Gavaud sont aussi des masques ou plutôt non,  sont les vrais visages des hommes, cachés derrière leurs masques de carnaval, ce sont les "carêmes prenants", sous les masques de la vie sociale, frimes et blingblings, politesses et fausses pudeurs, et ces visages sont réduits à des crânes, des squelettes puisque l'artiste les a débarrassés des oripeaux sociaux qui les embarrassaient, qui nous empêtrent chacun de nous, et génèrent les maladies et les tumeurs psychosomatiques de l'époque, dépressions, hystéries, mégalomanies, complexes de toutes sortes.

C'est donc une peinture qui vise l'essentiel que crée la jeune artiste , une peinture sensuelle par les couleurs, une peinture sérieuse par ses personnages, une peinture burlesque dans son ensemble car les personnages hiératiques dans les ôcres, les rouges ou les bleus floutés, sont des êtres plus que figés, ils se dressent comme des candélabres... On attend d'eux qu'ils dansent une danse macabre et fantasque mais non, ils ne bougent pas, ils demeurent pareils à des statues transparentes que la vie a quittés, que la mort emprunt déjà.

Il va sans dire que par le style, le sujet, les techniques diverses utilisées, Valérie Gavaud se place dans la tradition de la peinture figurative classique, cependant, à bien y regarder et réfléchir, l'artiste dépasse celle-ci pour inscrire ses oeuvres dans l'école des peintres de l'agonie actuellement effervescente en France, avec une touche supplémentaire sui generis, une sorte de distance moqueuse visà vis de ses personnages qui fait pencher son oeuvre du côté de la peinture Flammande , la folie en prime, le mouvement cyclique en moins.

Valérie gavaud, avec originalité et talent, construit une peinture qui non seulement a de la gueule, mais surtout de la force...dans les milieux artistiques l'on en reparlera bientôt....

Texte écrit à l'occasion de l'exposition "il était une fois et une fois il n'était pas" par Guy Denis , écrivain et galeriste - 2011

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